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DEAD MAN/2014:

Calexico meets Wovenhand

« Birdmum », premier album du duo Martinez/Tolosa paru en 2012, sonne comme le testament d’un gitan abandonné dont les semelles traînent dans les poussières éternelles de routes qui vont toujours au sud de quelque part, errant avec sa guitare sèche et son folk pas loin du That’s all, au milieu de ces zones arides et sauvages qui seraient très convaincantes en périphérie rude et hostile de Calexico. Et si Birdmum est en somme la complainte rentrée d’un condamné à mort qui pleure sa mère tout du long, « Dead Man » est la résurrection bruyante d’un homme revenu d’assez loin pour ne plus avoir peur de s’offrir en gueuleton aux vautours. Et ça fonctionne, parce que c’est à prendre ou à laisser. Un deuxième album qui prend l’envergure des endurcis à la corne, avec des guitares qui carburent à la furie électrique à peine contenue, jusqu’au point d’orgue de Freedom Rider où Harold Martinez chatouille un peu Hendrix, l’air de rien. Juste ce qu’il faut de guitare pour sentir que tout ne tient qu’à un fil aussi fin et tranchant que la mi aiguë. Le tout dessinant un Sergio Leone-rock tapissé de menace constante qui va chercher quelques racines de choix du côté de 16 Horsepower et, surtout, Wovenhand. Ça tombe plutôt bien, Harold Martinez lui-même vient de la même usine que David Eugene Edwards, avec qui il partage cette voix d’égaré pour de bon.

(Gonzai)

Il est bien difficile d’imaginer que ces deux-là soient français, tant ce « Dead Man » est d’un goût très juste et sans la petite touche d’amateurisme qui caractérise trop souvent les productions hexagonales. Et pourtant, Harold Martinez (voix, guitares) et son complice Fabien Tolosa (batterie, bruits divers) sont des petits gars de chez nous, de Nîmes. Du Sud, quoi.
Le Sud ? Parlons-en, justement. Celui des USA dans lequel cet album nous envoie pour un aller simple. Nous voilà en plein territoire sudiste, le Texas peut-être, à la frontière mexicaine. Un territoire aride et désertique, hanté par quelques rares fantômes et autres desperados. Comme dans le film de Jim Jarmusch du même nom, on s’attend à croiser la réincarnation de William Blake au détour de chaque piste. Et nos deux compères sont de fins pistoleros prêts à nous dépouiller sans scrupule.
Il est question ici de musique de la terre. Les deux bottes bien ancrées dans la poussière du désert. Une musique organique, avec de vrais instruments en bois. Une musique pleine d’âme. Bien sûr, la comparaison avec les regrettés 16 Horsepower est toujours inévitable, jusque dans la voix habitée de Martinez, dont la ressemblance avec celle de David Eugene Edwards est troublante. Mais pourquoi bouder notre plaisir alors que ce dernier a bien du mal à perpétuer son héritage avec son nouveau groupe, Wovenhand ?
Après le déjà très apprécié « Birdmum », le duo fait jaillir des étincelles électriques sur ce second album à la forte charge émotionnelle. Au coeur de l’album, une triplette magique : « O’Lord » qui évoque les gospels collectés par Alan Lomax, « Dead Man » toute en tension graduelle, et enfin, « The Killers Crow » qui fait parler la poudre…
(Casbah Records)

 

 

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BIRDMUM/2012:
Chronique croisée des deux premiers albums de monsieur (messieurs*) HAROLD MARTINEZ. Le crocodile Nimois a sorti le terrible « Birdmum » en surnageant dans le deuil de sa mère. La sortie récente de l’album « Dead Man » m’a convaincu de chroniquer les deux d’un coup, je ne pouvais pas faire moins.
Sincèrement le premier opus semble intouchable même si le second n’est pas en reste. Les 9 titres de « Birdmum » sont d’une évidence absolue, dès les premières volutes de « Faith Healer ». Au départ tout n’est que blues-folk traditionnel, des riffs basiques, des textes relativement simples. Oui mais -et c’est là que le talent fait la différence- les arrangements sont d’une qualité extrême : puissance des sons, harmonies pertinentes, orgue discret mais tranchant, voix à faire frissonner une pierre tombale… Les morceaux sont teintés d’une espèce d’ambiance vaudou, d’esprit indien, une couleur globale qui va chercher au fond de nos tripes des vibrations rugueuses qui font remonter au cerveau des sensations douces-amères. Ca ne veut pas dire grand-chose, certes, mais c’est ce que j’ai ressenti à la première écoute… et encore maintenant après la 117ème.
Le jeu de *Fabien Tolosa pour tout ce qui est batteries, percussions et productions apporte une profondeur incroyable et permet à l’album de dérouler son propos en toute cohérence sans tomber dans la redondance. Envoûtés, hypnotisés, immergés dans la transe que nous sommes.
(L’Artisant Production)